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le site de l'Action Catholique des femmes
  

LA MARGUERITE


Le nouveau sigle de l’Action catholique des femmes renoue avec l’emblème originel de la Ligue patriotique des Françaises.

Voici comment la vicomtesse Marthe de Vélard (1859-1949) raconte l’adoption de la marguerite : « Pour rendre tangible l’union nécessaire en vue des combats futurs, on choisit un signe de ralliement, une fleur poussant partout dans le bon sol de France qui, par son nom rappelait l’élue du Sacré-Cœur et par ses couleurs, l’amour que l’on doit à la papauté « La Marguerite » fut l’emblème choisi. »(1)


C’est l’avocat auprès de la Cour d’appel de Paris, M.Henri Reverdy, qui fait l’éloge de la petite fleur à la première assemblée de la L.P.D.F. le 3 mai 1903. Plus de 2000 femmes se pressent dans la salle des Ingénieurs à Paris. Il explique à l’auditoire :

« Vous connaissez toutes, tous, ce petit jeu qui consiste à prendre une marguerite et à effeuiller un à un ses pétales en répétant : Je t’aime, un peu, beaucoup, passionnément…Eh bien ! sur notre sol de France si fertile à tous les héroïsmes, poussait la belle fleur de la liberté. Intacte, avec tous ses pétales, nos ministres ont saisi cette fleur, et de leurs mains brutales, parfois de leurs mains souillées, un à un, ils ont arraché méchamment tous ses pétales en répétant, eux aussi : Je te hais, un peu, beaucoup, passionnément….Vous au contraire, Mesdames, vous voulez la liberté pleine et entière, et si jamais vous aviez à choisir un emblème, vous méritez de prendre avec tous ses pétales et parfaitement intacte, la fleur sainte de notre liberté française. »(2)


La marguerite est le symbole de la multitude des femmes de France qui entrent à la Ligue et servent le clergé sous les couleurs pontificales. Le témoignage le plus complet est celui d’Aline Dijon, conférencière, fondatrice de la Ligue dans le Jura :

« Eh oui ! A l’Association naissante, il fallait une consécration complète. Or, non seulement la consécration religieuse se fit à Montmartre, en juin 1902, non seulement les statuts furent déposés en préfecture, mais le signe de ralliement fut déterminé !

Qu’allait-on prendre ?

Un crucifix. Non, c’est le signe universel du chrétien.

Une fleur ? Mais laquelle ?

La rose ? Prise par les Belges. La violette. C’est la fleur impériale. Le lis ? C’est la fleur royale. Eh bien ! et la marguerite ? Mais oui ! Parfaitement. A cette saison, justement, les champs de France étaient émaillés de pâquerettes et de marguerites. Quelle fleur est plus répandue que celle-là ? On la trouve le long des buissons, au bord des chemins ; mêlée aux coquelicots et aux bluets des moissons ; ces couleurs sont celles du drapeau pontifical et justement, la Ligue entendait se mettre au service de l’Eglise dont le Pape est le Chef visible…Quelle fleur leur conviendrait mieux ? Et par sa simplicité qui ne l’empêche cependant pas d’être une fleur composée, et par ses couleurs et par son nom. Il y a tant de jeunes filles en France qui portent le nom de la messagère envoyée du Ciel à Jeanne d’Arc, de la reine dont saint Louis portait le nom gravé dans son annel !...Et puis encore ? qui ne sait que la marguerite, si elle pousse surtout sur les terrains désolés, a la propriété, disent nos cultivateurs, d’en « brûler le sol », et d’en faire disparaître les mauvaises herbes ?

Marguerite signifie : perle.

Elle fut donc adoptée.

Et c’est Mlle Frossard qui se chargea de la dessiner. Et c’est un des premiers joailliers de Paris, Mellerio, dit Meller, qui transforma ce gracieux dessin en ce bijou que les femmes portent à leur corsage et par lequel elles se reconnaissent dans toute la France.

Et c’est M. Reverdy qui la présenta dans un charmant discours.

Portez la marguerite, mesdames.

“Quand je vois une marguerite, disait un évêque à ses diocésaines, je sais qui vous êtes, je vous connais. Je sais que je puis compter sur vous et que je puis vous demander de m’aider. Mais si je ne vois pas de marguerite…je ne sais pas qui vous êtes…, je ne vous connais pas. ”»(3)


La Ligue féminine d’action catholique française, qui réunit la Ligue des femmes françaises et la Ligue patriotique des Françaises en 1933, reprend l’insigne. Celle-ci survit aux changements de nom de l’association et est abandonnée dans les années 1980 au profit d’un logo plus « carré » pour l’ACGF.

Voulant renouer avec l’intuition des fondatrices, l’assemblée générale extraordinaire a décidé de reprendre la marguerite comme symbole de l’Action catholique des femmes. Une marguerite colorée essaimant ses pétales comme autant de régions rayonnantes, qui reflète un mouvement en phase avec la société, fort de son histoire et tourné vers l’avenir.



















(1)Vicomtesse Marthe de Vélard, Faire-face, Vingt-cinq ans d’action catholique (1902-1927), Paris, LPDF, 1927, p.20.

(2) Echo de la LPDF, mai 1903, n°5, p.77.).

(3) Mlle Dijon, Pourquoi je suis devenue conférencière, Besançon, 1933, p.23-24.)

  
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