Dans la souffrance

 

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I. CONFESSER SA FOI EN SITUATION DE SOUFFRANCE ET D'EXCLUSION

 

1. Toute foi est d'une valeur infinie et apporte à toute l’Eglise :

toute vie mérite d'être vécue, toute foi est sans prix aux yeux de Dieu. Marie, l'humble servante ignorée des scribes et des docteurs de la Loi de l'époque, nous est proposée comme modèle de disponibilité et de confiance dans l'imprévisible de Dieu dans nos vies. Tous nos "oui" de la foi sont comme engendrés, précédés, par le "oui" de salut de Dieu en direction de tout Homme de bonne volonté. Le "oui" de l’Eglise, sa coopération à la réconciliation du genre humain et à l'avènement du Royaume, se nourrit de tous ces "oui" parfois obscurs, insaisissables, et pourtant essentiels à un Corps où chacun a sa place. Avec le prophète Osée, l’Eglise  découvre un Dieu qui reste fidèle jusque dans les infidélités d'une épouse prostituée, qui transforme les cendres de notre incroyance en diadème de la foi.

 

2. La foi inverse les valeurs du monde, le Royaume des cieux est aux petits :

si une société qui valorise le succès personnel apparent a tendance à dévaloriser ceux qui ne rentrent pas dans ce mythe de l'Homme moderne, l'Évangile des béatitudes renverse ces valeurs et fait de la faiblesse dans le Christ une grandeur, de l'échec de la Croix la victoire de l'amour. Le Christ n'est pas venu pour les bien portants, mais pour les malades, les estropiés qui sont l'image la plus parlante d'un Dieu qui se fragilise dans l'humanité, qui s'abaisse volontairement (la kénose) pour nous élever. Diminués, marginalisés aux yeux du monde, les handicapés, les souffrants, sont le trésor du Royaume qui nous indiquent la voie étroite de la Croix pour suivre le Christ sur les chemins de la Résurrection. La foi des apôtres est éclairée par la Passion, la gloire de Dieu chez saint Jean, en particulier, éclate sur le bois de la Croix.

 

3. Certaines images de Dieu font écran à la foi ; Dieu ne veut pas le mal, la souffrance, mais il veut nous rendre notre dignité :

Paul Claudel aurait dit sur son lit d'hôpital que " le Christ n'est pas venu supprimer la souffrance, mais l'emplir de sa présence". Dieu lui-même en son fils, a été tenté et a souffert dans sa chair, pour vaincre définitivement du mal par sa Résurrection, sans nous dispenser pour autant de ses assauts inhérents à notre condition d'Homme. Dieu n'est pas magicien, il n'est pas responsable du mal physique ou moral, mais il est venu nous en libérer en nous révélant que l'amour, et non l'absurde, a le dernier mot. Le mal ne peut pas être justifié (c'est la tentation des amis de Job), il garde sa force de scandale qui ne peut être dépassé que par l'autre scandale par excellence, Dieu mis à mort et ressuscité pour notre salut.

 

4. Confesser sa foi, c'est réveiller l'Esprit qui sommeille en chacun :

tout baptisé possède les "arrhes de l'Esprit", c'est-à-dire a la capacité de devenir l'homme nouveau auquel il est destiné par grâce. Toute créature, comme image de Dieu, porte en elle une ressemblance divine qui peut être soit enfouie, voilée, voire défigurée, soit approfondie, réactivée, mûrie. La confession de foi réalise progressivement ce que nous sommes déjà, mais aussi ce que nous sommes toujours appelés à devenir : des enfants de Dieu. Le Christ remet debout, fait sortir du sommeil Lazare, il chasse les mauvais esprits. L'Esprit fait confesser à Pierre : " Tu es le fils du Dieu vivant". La confession rend disponible à l'action de l'Esprit en nous, elle offre une bonne terre à la parole agissante.

 

5. L'éducateur de la foi éveille à la maturité spirituelle :

la maturité spirituelle n'est pas la maturité psychologique ou intellectuelle. Sainte Bernadette enfant et peu instruite, témoigne pourtant d'une très grande avancée spirituelle. La relecture de vie, l'éducation au partage et à l'écoute, l'adhésion personnelle et volontaire au chemin de foi proposé, sont autant d'éléments qui permettent au baptisé de grandir. La vie spirituelle comporte inévitablement des moments de progression et de régression qui appellent l'attention, l'encouragement, la vigilance de l'éducateur de la foi.

P. Jean-Christophe Bougouin