Que peut recevoir l'Eglise de notre société ?




Résumés :

Résumé 1 (Jean-Luc Cravéro)
Plutôt que de recevoir, il faudrait peut être parler de ce que l’Eglise peut apprendre :
- la chaleur d’un vécu communautaire, la beauté d’une liturgie et la spontanéité d’un prier ensemble
- rester à l’écoute de l’Esprit Saint qui souffle où il veut
- redécouvrir le sens de la louange devant les merveilles réalisées par Dieu
Et puis l’évolution de notre société ouvre des pistes de développement pour la foi

Résumé 2 (Stéphane Marcireau)
Où se situe le déficit ? Du côté d'une Eglise qui ne peut ou ne veut pas entendre, ou du côté d'une société réfractaire au message judéo-chrétien ? L'attitude la plus évangélique réside peut-être dans la conscience d'un manque, d'une séparation...

Résumé 3 (Bertrand Parisot)
"La terre n’est pas seulement sainte sur l’itinéraire qui conduit les croyants dans leur pèlerinage depuis le lieu de la naissance d’Abraham jusqu’à celui du Christ. Elle est sainte et mérite le respect partout. [...]
L’effort scientifique ne peut, à lui seul, assumer l’avenir de la planète. [...] La création artistique, elle aussi, peut venir au secours des hommes de science et des politiques." (Mgr Olivier de Berranger, Président de la commission sociale des évêques de France - Ouverture à la déclaration Le respect de la création)

Résumé 4 (Laurent Pérault)
Très souvent l'Eglise cherche à apporter quelque chose à notre société. Il est plus rare qu'elle se pose la question de ce qu'elle peut en recevoir. Pourtant la société est susceptible de lui apporter son aide dans de nombreux domaines tels que la compétence et le professionalisme, la citoyenneté et la démocratie, les droits de l'homme, les sciences humaines ou encore les sciences et techniques.




Jean-Luc Cravéro  (Texte 1)
Stéphane Marcireau  (Texte 2)
Bertrand Parisot  (Texte 3)
Laurent Pérault  (Texte 4)




Que peut recevoir l'Eglise de notre société ? (Jean-Luc Cravéro)



Cette question peut s’analyser diversement ; s’il s’agit pour l’Eglise d’apprendre par exemple les règles d’une saine gestion économique ou d’un bon usage des normes juridiques, nous pourrons convenir que cela est évident et qu’il n’est nul besoin d’en discuter plus avant.

D’une manière générale, que peut on recevoir d’autrui ?

Cela peut être d’ordre matériel , des biens, de l’argent ; cela peut être psychologique, relationnel : de la considération, de la reconnaissance, une place pour exister. A ces deux possibilités, St François d’Assise a déjà répondu au XIII ème siècle : "Seigneur, que je ne cherche pas tant à être compris qu’à comprendre …Que je ne cherche pas tant à être aimé qu’à aimer…Car c’est en donnant que l’on reçoit. ".

Plutôt que de recevoir, il faudrait peut être parler de ce que l’Eglise peut apprendre. Cela pose d’ailleurs tout de suite le problème de ce qu’est l’Eglise ; si elle est cette société parfaite en marche vers l’éternité et unique détentrice de la vérité ultime sur l’Homme, le Cosmos et Dieu, alors elle n’a rien à recevoir du monde ; elle est chargée de le convertir c’est à dire de le retourner dans la bonne direction qu’elle a elle même déterminée. La question est alors sans objet, pire même, elle a des relents d’hérésie.

Par contre, si l’on conçoit l’Eglise comme un ensemble d’hommes et de femmes qui cherchent Dieu dans un contexte historique donné, la question se pose différemment. Il s’agit alors de découvrir ce que Dieu nous dit, ce que Dieu attend de nous, comment il nous le dit et par qui.

Certes, la Bible contient la parole divine, mais comment la comprendre aujourd’hui ?

Nos prédécesseurs dans la foi, confrontés au même problème à d’autres époques ont apporté des solutions dont certaines se sont révélées bonnes pour assurer le bonheur de l’Homme et son salut, cet ensemble forme les traditions de l’Eglise.

Mais aujourd’hui, il n’est pas forcément possible de se contenter de cela, peut on d’ailleurs exclure que Dieu nous parle par la société, par des non croyants pour nous faire découvrir de nouvelles façons d’être disciples du Christ ? Alors mettons nous à l’école de notre temps avec l’espérance d’y rencontrer Dieu.

Ceci est d’autant plus important qu’il y va sans doute de la survie même de l’Eglise ; qu’elle se place en dehors, au dessus ou au delà de la société, et les hommes de ce temps se détourneront définitivement d’elle.

L’Eglise en effet est également là pour servir l’Homme. Elle se doit de répondre à ses problèmes en actualisant le vécu de l’Evangile et en mettant en lumière des dimensions qui avaient été peu explorées jusqu’ici. Pour cela il faut d’abord qu’elle se laisser habiter, façonner par toutes les réalités de notre époque ; que chaque chrétien soit tenaillé des mêmes besoins et travaillé des mêmes interrogations que ses frères humains.

C’est qu’en effet tout montre que l’Homme contemporain ne se contente plus des réponses toutes faites édictées par une autorité qui s’affirme dés l’abord supérieure. Il ne cherche pas à se conformer à un modèle tout fait mais il se confronte à ses frustrations, à ses souffrances, à ses doutes et au scandale du monde. Il a besoin d’expériences qui ne prendront sens qu’après avoir été vécues, ressenties. Non lié ou moins lié par une allégeance à une tradition religieuse, cet homme se sent libre d’élaborer son propre itinéraire, chaque destin devenant singulier.

En même temps, les individus formant la société tendent à mettre en premier l’accueil inconditionnel de chaque personne telle qu’elle est ; les expériences deviennent alors une façon d’être ensemble, une occasion de dialogue, un chercher en commun. Loin de toute condamnation à priori, l’aventure de chaque personne est acceptée, écoutée et surtout entendue. Ressentir des émotions ensemble n’apparaît pas comme une perte de temps ni comme quelque chose d’inutile, c’est un moment d’existence qui vaut la peine d’être vécu gratuitement et qui donne aux êtres d’entrer en relation d’une façon non verbale.

De grandes lignes se dégagent dans ces multiples recherches :

- Une volonté de respecter l’environnement, de vivre en harmonie avec lui notamment par une existence plus saine ; la prise de conscience des rythmes biologiques et du fait que nous ne pouvons pas vivre contre ou sans la nature

- Un désir de domestiquer le progrès scientifique et l’évolution économique pour les mettre au service de l’Homme; ceci est particulièrement vrai pour toutes les questions bioéthiques et pour la mondialisation.

- Une quête de l’identité, personnelle et de groupe : intérêt pour la généalogie et l’histoire familiale, vogue des fêtes médiévales et de l’étude de cette période , d’une manière générale redécouverte des vieux métiers et des traditions régionales culturelles et linguistiques , peut être même les divers intégrismes.

- Un besoin de vie communautaire qui soit vivante, libre et surtout chaleureuse puisque l’affectivité est une part importante de la personnalité humaine.

- Une recherche de compréhension de soi-même et de la société par l’utilisation de tous les instruments mis à disposition par les divers courants psychologiques anciens ou récents

- Une recherche de sagesse notamment au travers des spiritualités orientales qui proposent des méthodes de lutte contre le stress, de détachement de soi, de méditation et d’accession à un état de paix intérieure.

- L’aspiration à une nouvelle appréhension du monde qui ne soit plus matérialiste et où la redécouverte du sacré au besoin par la magie et l’ésotérisme amène à vivre en union avec le cosmos.

Les objections face à ces comportements sont de divers ordres :

Le réaliste aura noté que toutes ces belles espérances et toutes ces belles paroles n’aboutissent pas forcément puisque l’intolérance entre divers groupes existe toujours et peut s’accompagner d’un enfermement dans les sectes sans parler d’une forme de rêverie portant à ignorer complètement la réalité ou à la fuir.

Précisément les gardiens de la démocratie objectent quant à eux que ces comportements développent des tendances moutonnières, base du phénomène sectaire et danger pour la survie d’une société basée sur les droits de l’Homme et la participation des citoyens aux institutions.

L’analyse du psychologue complète ces constat: individualiste et immature, cet homme ne sait pas s’attacher durablement pour croître en intériorité ; il se contente de vibrer, de ressentir sans trop critiquer et de jeter après consommation. C’est une morale de l’adolescent dénuée de but de vie et de discernement. Le psychologue relève par ailleurs une nette tendance au fusionnel c’est à dire à la disparition du soi dans le groupe au dans un absolu.

Pour le théologien enfin : tout cela ne satisfait pas vraiment le cœur de l’Homme parce que trop tourné vers une autoréalisation alors qu’il faudrait un abandon à Dieu, prélude d’une véritable relation mystique fondée sur la gratuité.

Ceci dit, il nous faut nous demander maintenant si, en tant que croyants, nous pouvons identifier un message de l’Esprit Saint derrière toutes ces tendances.

Le premier élément de réponse est que ces évolutions sociales mettent en lumière la façon d’être de l’Eglise et, par comparaison, nous incitent à nous poser des questions sur notre vécu.

Il est très probable que nous privilégions trop l’aspect intellectuel du vécu de la foi : trop grande insistance sur le modèle moral chrétien, trop forte prégnance des discours théologiques alors que la chaleur d’un vécu communautaire, la beauté d’une liturgie et la spontanéité d’un prier ensemble sont aussi importants.

Il en va de même de la redécouverte des racines et de la vogue de l’ésotérisme ; l’Eglise a négligé ou oublié cela, perdant une grosse partie de sa substance et ne comprenant plus forcément qu’une bonne partie de ce qui lui est familier provient de l’intégration d’autres traditions. Après tout le christianisme doit beaucoup à la culture celte notamment à travers la fécondité de l’Eglise irlandaise. Après tout certaines fêtes chrétiennes (Noël, Toussaint, Chandeleur) ont été greffées sur des fêtes païennes qu’elles n’ont pas éliminées mais dont elles ont magnifié le meilleur. Après tout nos cathédrales sont construites avec des connaissances ésotériques mises au service de la rencontre du chrétien avec Dieu. Une attitude d’ouverture alliée à un discernement permettrait sans doute à l’Eglise d’enrichir le vécu de sa foi.

L’accueil de toute expérience touche probablement un problème encore plus profond, celui de la fraternité.

La fraternité c’est de sortir d’une échelle d’appréciation qui classe les personnes de la plus grande indignité à la plus grande dignité et qui en tire toutes les conclusions ; c’est passer à une vision où tous les êtres humains marchent à la rencontre de l’Absolu Créateur de toutes choses, où personne n’a terminé de cheminer et où chacun peut recevoir à chaque instant et se tient prêt. Le Moyen Age avait exprimé cette vérité par un petit conte : un moine se préparait depuis longtemps à rencontrer son seigneur Dieu, un jour on lui annonce que ce dernier vient à sa rencontre et qu’il sera là bientôt ; notre moine tout joyeux attend devant la porte de son monastère et voit arriver à lui un pauvre hère qui lui demande l’hospitalité, il l’écarte parce qu’il n’a pas le temps : il attend un grand seigneur … Or Jésus avait choisi ce jour là d’être ce pauvre.

En rester au jugement formé sur quelqu’un c’est dresser une barrière invisible entre celui qui guide et juge d’une part et celui qui obéit d’autre part. Implicitement le premier s’estime parfait et n’a pas besoin de recevoir conseils, critiques, encouragements ; cette asymétrie est contraire au sens même de la fraternité humaine où tous, croyants et non croyants, vertueux et moins vertueux progressent ensemble dans l’humilité. Car celle-ci consiste notamment à accepter de recevoir de l’autre, aussi indigne qu’on puisse l’estimer.

Reste, face à ce qui apparaît très souvent comme une fermeture aux innovations de la société, la question fondamentale de la capacité de l’Eglise à rester à l’écoute de l’Esprit Saint qui souffle où il veut. Le fait que l’Eglise n’accepte que très difficilement de se laisser interpeller par cette soif d’accomplissement de l’homme moderne, telle qu’elle s’exprime, peut s’expliquer notamment par un enfermement dans des habitudes de pensée, une forme de certitude que c’est la société qui doit venir à elle et une faible capacité à lâcher prise pour se laisser porter par l’Esprit Saint. A force de redouter toutes sortes de dérives, l’Eglise se crispe dans un refus intellectualisant de tout risque et de toute innovation.

Pourtant, l’évolution de notre société ouvre des pistes de développement de la foi.

Prenons l’exemple des divorcés remariés. L’Eglise a certes raison de souligner que le mariage est indissoluble et qu’il faut prendre l’expression du consentement des époux au sérieux puisque leur communion est appelée à rendre visible l’amour qui unit la sainte Trinité ..

Il est évident que ceci ne cadre pas du tout avec la réalité psychologique et affective des couples qui se séparent parce que la vie entre eux est devenue intenable et alors que les tentatives de réconciliation ont échoué - mettons à part tous ceux qui n’ont pas une droiture d’intention .

Logique, l’Eglise estime que les divorcés remariés ignorent un consentement qu’ils ont donné et qu’ils ne peuvent plus reprendre parce qu’il est désormais inscrit dans le cœur de Dieu; elle assimile donc la situation à un adultère ce qui lui permet d’en tirer des conséquences claires: état de péché mortel et donc impossibilité de communier. Elle a en effet établi que l’eucharistie n’est pas compatible avec un péché mortel et que le pardon de Dieu ne peut être acquis qu’en contrepartie d’une rupture avec la situation analysée comme un péché.

Ce raisonnement est de nature juridique et repose sur l’appréhension de la vie chrétienne comme obéissance à un certain nombre de comportements codifiés, condition obligatoire pour accéder aux sacrements.

Etant donné la dureté de la solitude et son caractère souvent destructeur pour un cœur humain, il vaut sans doute mieux qu’un nouveau couple se reforme et que chacun continue à chercher Dieu malgré le handicap de la rupture du lien légitime. L’Eglise va donc jusqu’à accepter cela comme un moindre mal et à accueillir les divorcés remariés sans toutefois les admettre à la communion. Cette solution laisse cependant un goût d’inachevé car l’âme humaine aimerait concilier la conformité à la loi de Dieu et la miséricorde due à tout être humain.

Nous ne discuterons pas ici du fait que la communion serait un droit pour tout baptisé comme les droits de l’Homme dans l’ordre politique; ce serait rester enfermé dans une mentalité juridique or le message de Jésus Christ est d’un tout autre ordre.

En effet, l’infidélité des divorcés remariés au dessein divin originel les exclut-elle vraiment de la miséricorde et de la grâce de Dieu ? la Bible est pleine de paroles où il est dit que l’amour de Dieu n’est pas conditionnel, qu’il est offert à tous et qu’il enveloppe chacun de sa sollicitude concrète : chacun est aimé pour ce qu’il est , là où il en est Elle exprime sa certitude que tout homme reste capable de progresser vers la lumière et que celle-ci brille pour tous sans attendre que tous le méritent . Or si l’eucharistie est vraiment la force en action de l’amour divin, n’est-ce pas contraire à l’enseignement de Jésus Christ d’en priver les grands pécheurs, les malades qui ont le plus besoin du médecin ?

Et n’est-ce pas faire injure à Jésus Christ que de manquer de patience, de confiance dans sa capacité à élever tout homme de bonne volonté vers la lumière au delà des apparentes impossibilités humaines et des enfermements dans des raisonnements juridiques? L’ingéniosité et l’humour de Dieu sont infinis.

Ceci nous amène à envisager une question connexe. Traditionnellement, le magistère de l’Eglise élabore des normes morales détaillées pour aider les chrétiens dans les discernements qu’ils doivent faire chaque instant de leur vie. Elle en arrive à définir un modèle de sainteté chrétienne qui peut être très lourd et très contraignant, obligeant chacun à appliquer des normes sans grande marge de manœuvre. Les psychologues ont noté à juste titre que ce rapport à la loi peut devenir très malsain puisque tendant à enfermer dans une alternative entre deux comportements : refus total et révolte d’une part, soumission aveugle engendrant des bien pensants frustrés d’autre part.

C’est que ce type de morale repose sur la logique suivante : évangiles Þ grands principes Þ prescriptions pratiques, chacune des trois étapes ayant la même valeur contraignante. Or les évangiles racontent d’abord des relations humaines, des faits, des gestes, des paroles tenues dans un certain contexte, et ce sont ces témoignages qui forment le socle de notre foi. En tirer des grands principes généraux et abstraits est important mais représente déjà un éloignement par rapport à la révélation ; en outre, ils peuvent être contradictoires entre eux et il faut alors se replonger dans les écritures, s’en imprégner en retrouvant la fraîcheur des commencements, pour trouver le discernement . C’est le rôle de l’Eglise de fixer ces grands principes, d’arbitrer entre eux pour trouver une solution humaine –on pourrait citer à cet égard la norme de la guerre juste.

La troisième étape qui fixe les prescriptions pratiques d’application devrait n’avoir qu’une valeur indicative et l’Eglise pourrait peut être s’abstenir de trop intervenir à ce stade là pour respecter le désir très fort d’autonomie de nos contemporains.

Une deuxième piste pourrait être explorée. Notre époque aime multiplier les expériences parfois pour se donner des sensations, parfois pour mieux appréhender en quoi le comportement est bon ou mauvais. L’attitude traditionnelle de l’Eglise consiste à éviter que tout homme enfreigne les normes qu’elle édicte. Cette attitude repose sur une longue sagesse apprise au cours des siècles à propos de ce qui est objectivement bon pour l’Homme mais elle n’est plus reçue aujourd’hui comme si notre société avait besoin de recommencer l’apprentissage à son début. Pour en tirer les conséquences, il serait alors plus efficace d’éduquer au discernement pour que le plaisir immédiat de la transgression arrive à être compensé par la conscience des conséquences potentielles à long terme, l’Homme étant alors capable de choisir ce qui est dans son intérêt bien compris. En fait, cette manière de procéder prend le risque que beaucoup d’individus fassent un mauvais usage de leur liberté et se perdent mais ceux qui réussiront à bâtir une capacité de discernement et une force de caractère seront très solides, beaucoup plus que des gens obéissants par devoir ou par contrainte.

L’Eglise pourrait aussi redécouvrir le sens de la louange devant les merveilles réalisées par Dieu. Il faut quand même se souvenir qu’il n’y a pas si longtemps, tous proclamaient la mort de Dieu dans une société toujours plus scientifique et rationnelle. Certes, aujourd’hui il y a une recherche désordonnée de Dieu ou de divin. Cela paraît peut-être angoissant mais au moins la société bouge en profondeur. Même si l’évolution n’est pas achevée, il faut, à mon sens, en concevoir de la joie car c’est le signe que Dieu ne nous a pas abandonné et qu’il agit toujours dans le monde en suscitant la soif de sa rencontre. Il est peut être temps que les chrétiens réapprennent la louange : contempler l’action de Dieu à l’œuvre dans le monde et dans chaque homme pour en être émerveillés et rendre grâce.

A titre de conclusion, il faudrait rapprocher notre situation des premiers temps de L’Eglise La vitalité des premiers siècles chrétiens était peut être bien due à une intrépidité de croyants pour qui la peur était moins importante que le fait de trouver Dieu pour le contempler, le louer et le servir. Et précisément le climat des trois premiers siècles devrait nous faire réfléchir; la société romaine était spirituellement en crise et différents courants religieux ou ésotériques s’offraient à combler ce manque, cette recherche. Au début, le christianisme était loin d’être le plus puissant et pourtant il a trouvé la vitalité et la fidélité nécessaires pour survivre à son fondateur, affronter les persécutions, gérer l’accroissement des effectifs, éviter d’être submergé par les hérésies. Et à la fin il a gagné ce combat et commencé à modifier la société en profondeur autant qu’il intégrait le meilleur de celle-ci. Ce qui a été fait il y a 20 siècles serait-il devenu impossible aujourd’hui ?





Que peut recevoir l'Eglise de notre société ? (Stéphane Marcireau)

Une première piste de réponse pourrait résider dans la formulation même de l’énoncé : le verbe pouvoir comprenant deux sens, nous pouvons entendre deux questions. La première relève de la possibilité : Qu’est-ce qui touche l’Eglise et se fraye un chemin à travers ses structures ? La seconde relève du droit moral : Quels messages, quels contenus sera capable d’accepter moralement l’Eglise ?

Dans un premier temps, il s’agit d’évoquer la constitution psychologique de l’Eglise –comme si elle représentait un être humain- et de mettre en évidence sa " grille de lecture ", et ce qu’elle est capable de recevoir de la société. Pour clarifier nos propos, rappelons le fait que notre oreille ne perçoit pas tous les sons. La structure de notre oreille détermine donc la réalité que nous percevons, différente par exemple, de celle des animaux capables de recevoir les ultrasons.

Pour répondre à cette première question, il faudrait que l’Eglise puisse prendre du recul par rapport à elle-même, et se dissocier, ce qui relèverait d’un travail psychanalytique. Sur le plan de l’analyse de l’inconscient collectif, Carl Gustav Jung écrivit dans les années trente les lignes suivantes concernant la différence d’attitude entre les catholiques et les protestants (psychologie et religion, Buchet-Chastel, p98) :

" Le protestant est abandonné à Dieu seul. Il n’y a pour lui ni confession ni absolution, ni possibilité aucune d’un opus divinum, office divin rédempteur. Il doit digérer seul ses péchés et il n’est pas trop assuré de la grâce divine qui est devenue inaccessible, faute d’un rituel adéquat. C’est grâce à cette insécurité que la conscience protestant est devenue vigilante ; mais cette mauvaise conscience a pris la forme désagréable d’une maladie de langueur, qui met les gens dans un état de malaise. Par là, le protestant a une chance de prendre conscience de l’idée du péché, à un degré difficilement accessible à la mentalité catholique, car la confession et l’absolution sont toujours prêtes à atténuer une trop grande tension. Le protestant, au contraire, est abandonné à sa tension intérieure qui peut continuer à aiguiser sa conscience. La conscience –et en particulier la mauvaise conscience- peut devenir un don du ciel, une véritable grâce si elle est utilisée comme une auto-critique supérieure. L’auto-critique, en tant qu’activité d’introspection et de discrimination, est indispensable à toute tentative de comprendre sa propre psychologie. Si on a commis quelque chose qui semble incompréhensible et si on se demande ce qui a bien pu inciter à une telle action, il faut l’impulsion d’une mauvaise conscience et de sa faculté correspondante de discrimination pour pouvoir découvrir le véritable motif de son comportement. "

Ces propos de Jung peuvent nous servir d’exemple pour l’approche que nous voulons décrire : une piste est ici évoquée, où Jung envisage la spécificité d’une " mentalité " catholique, voire d’un inconscient catholique. Jung estime en l’occurrence que " l’oreille catholique " ne peut entendre, accepter, une réelle remise en question. En ce sens, la mentalité catholique se verrouillerait, réfractaire à tout message véhiculant une tension trop forte. Sans chercher à cautionner cette hypothèse (à situer dans son contexte), la thèse concernant l’absence d’une mauvaise conscience catholique entraînant l’impossibilité de se " dédoubler " et de se remettre en question est-elle encore plausible aujourd’hui (pensons aux demandes de pardon formulées par le pape à l’égard du peuple juif) ?

Cependant une question fondamentale subsiste : est-il possible d’identifier une psyché chrétienne, se différenciant radicalement d’une psyché non-chrétienne ? Le message du Christ imprégnerait-il les Chrétiens au point de modifier leur " réception et leur perception du monde " (ce qu’ils sont capables d’en percevoir ) ? Se poser cette question sous-entend la présence d’une modification, voire d’une altération de l’oreille chrétienne…

Remarquons donc le déficit que la question suggère, évoquant une Eglise qui " aurait à recevoir " de la société. Nous pourrions alors retourner la question et nous demander si l’Eglise ne perçoit pas des messages (des vérités ?) auxquels la société demeurerait sourde.

Quoi qu’il en soit persiste le présupposé selon lequel il y aurait un seuil entre l’Eglise et la société eu égard à ce que chacune serait capable de recevoir et d’entendre…(de là à évoquer un dialogue de sourds, entre la société et l’Eglise, il n’y aurait qu’un pas…)

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Si l’on prend la deuxième question, relevant de ce qui est moralement acceptable, quelques pistes pourraient s’esquisser. Tout d’abord, il semble aller de soi que l’Eglise refusera ce qui va à l’encontre des présupposés fondamentaux concernant la nature de Dieu (personnel, trinité…), la nature de l’homme (sa liberté, sa ressemblance avec Dieu…) et les relations à établir entre les individus (réfrènement de la violence, pardon...) compte tenu de la nature de Dieu et des hommes.

Dans ce cas, l’Eglise pourrait recevoir moralement (et s’apprêter à évoluer) de toutes les instances l’environnant - les autres religions, les associations, l’Etat, la société civile…- du moment où il y aurait compatibilité avec ce qu’elle estime acceptable.

L’inacceptable résiderait dans un athéisme prononcé, dans l’apologie de la violence et la réduction de l’homme à une simple entité biologique.

Concernant ce qui nous semble acceptable et " provoquant comme un attrait " pour certains chrétiens, nous pourrions visiter alors quelques lieux communs et évoquer, par exemple, la fascination qu’exerce l’Islam avec le respect de la LOI, la présence d’un Dieu tout puissant et l’ascèse exigée lors du ramadan. L’Eglise n’aurait-elle pas à recevoir (ou à retrouver) de cette approche où un Dieu transcendant exige une obéissance de ses fidèles, où le fidèle possède des droits mais aussi et surtout des devoirs envers son Dieu ?

Nous pourrions évoquer l’Etat républicain et son désir d’établir la parité entre les hommes et les femmes. Si les hommes et les femmes sont également dignes, l’Eglise ne devrait-elle pas en prendre acte et proposer une répartition des rôles et des fonctions qui reflète cette égalité ?

Nous pourrions encore évoquer le bouddhisme à travers les techniques de relaxation et la recherche de la quiétude physique et mentale. L’Eglise ne verse-t-elle pas dans une approche trop rationnelle ou intellectuelle, oubliant que le bonheur ne peut s’établir que si les individus se " sentent bien ", détendus et dispos ? Dans un autre registre, le succès au Brésil du Père Marcello Rossi, qui remplit les églises grâce à des chants et des danses en faisant de la messe un spectacle à part entière peut aussi nous interpeller.

Citons encore l’efficacité du marketing et la gestion rigoureuse des entreprises (ressources humaines et économie) qui pourraient inspirer l’Eglise quant à sa communication, son souci de rentabilité et sa gestion du potentiel humain.

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La liste pourrait être continuée, mais des questions surgissent : Quelle est cette Eglise dont nous parlons ?

S’agit-il de chaque membre en particulier et de son for intérieur, ou de l’ensemble des individus ? La question de l’homogénéité de l’Eglise se pose alors : L’Eglise réagit-elle comme " un seul homme " ? Se pose ici la question de l’idéal chrétien (et occidental) selon lequel la perfection demeurerait dans l’universel c’est-à-dire l’unité (" une et indivisible ").

Une autre question se pose concernant la définition de la société : les chrétiens ne font-ils pas partie de la société ? Ne sont-ils pas eux aussi la société ? A un niveau individuel, qui puis-je considérer comme pouvant m’apporter quelque chose ? Celui qui est chrétien comme celui qui ne l’est pas ne peuvent-ils pas également m’enrichir ?

De plus, vouloir différencier radicalement l’Eglise du monde, c’est reconduire la distinction entre la pureté et l’impureté. Or, la notion de péché originel et celle d’une imperfection de l’être humain ne rendent-elles pas le chrétien soluble dans une société considérée comme imparfaite et pécheresse ? Dans ce cas, qui est du monde et qui n’en est pas ?

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Le sujet pourrait encore se comprendre autrement : Que peut recevoir l’Eglise française du XXIème siècle ? Elle pourrait recevoir (retrouver) l’héritage du passé ou celui d’autres cultures (africaines, asiatiques…). En ce sens, l’Eglise est certainement appelée à considérer et à accepter toutes les Eglises du monde et à entrevoir la diversité des façons de croire en Jésus Christ ressuscité.

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Revenons sur l’interrogation concernant le fait d’être capable de recevoir quelque chose d’une autre entité, d’une entité différente de soi et concevons l’Eglise comme une personne : l’Eglise vit-elle une situation décalée (est-elle en danger ?) au point de se considérer en déficit et de penser que le salut se trouverait dans la réception (l’acceptation) et l’émission de nouveaux messages ? Au contraire, le fait de se poser cette question –suggérant un manque, " un appel d’air "- ne représente-t-il pas un message que l’Eglise pourrait transmettre au monde et que le monde devrait s’approprier ?

Ce sentiment d’incomplétude n’est-il pas proprement humain (c’est-à-dire plein d’humanité) ? N’est-ce pas un message fondamental que l’Eglise peut apporter au monde, véhiculant humilité (accepter d’avoir besoin de l’autre) et recherche douloureuse (car prenant conscience d’une séparation) de vérité ?



Que peut recevoir l'Eglise de notre société ? (Bertrand Parisot)

Quand on parle de la société, il convient d’emblée de dire quelle précision on accorde à ce terme. En particulier, pour la question qui nous concerne, il me semble important de distinguer la société des personnes, prises avec leur(s) culture(s) et limites, du monde des entreprises et de la recherche. Celui-ci en effet peut sembler particulièrement déshumanisé dans ces intentions ou au mieux coupé de toute réalité quotidienne. Pourtant cette sphère semble détenir de plus en plus de pouvoir dans la gestion du monde : toutes les trouvailles technologiques ne semblent-elles pas imposées à la consommation, quand bien même elles ne sont pas adaptées à la demande ou au besoin de la foule ? Mais on peut en même temps s’interroger sur la maturité de cette foule, bien empressée de se comporter comme un enfant devant un nouveau jouet devant chaque nouveauté technologique.

Sous quelle forme, tout d’abord, peut-on distinguer ce que l’Église a à recevoir ? Peut-on espérer quelque chose de concret, immédiatement utilisable ? Sans doute pas, car il est capital de ne pas se tromper de méthode. Contrairement à ce que l’on peut observer actuellement, il ne faut surtout pas confondre les objectifs et les moyens que l’on se donne pour y parvenir, les apports scientifiques se limitant en général à ces seuls moyens techniques. Pour ne citer que cet exemple, la méprise est particulièrement flagrante chez certains utilisateurs du réseau Internet, bien relayés par les médias, qui cherchent à se rendre présents sur le réseau pour y être présents, sans savoir pour quoi (c’est le cas notamment dans l’Éducation Nationale au niveau des établissements).

Au-delà de ça, l’Église, par l’inquiétude qu’elle éprouve pour la société (au sens positif, tel qu’il a été introduit lors de la dernière rencontre), reçoit conscience de l’ampleur et de la plénitude de sa mission : faire advenir l’homme à sa pleine dimension humaine, qui est celle du Christ incarné. Cette dimension est d’autant plus vaste que l’on découvre sans cesse de nouveaux champs d’investigation ou de pôles d’intérêt et chaque nouvelle découverte doit alors être pour elle l’occasion d’approfondir sa connaissance de l’homme, tant dans ses travers (armes chimiques, pollutions, négation de responsabilité) que ses qualités (solidarité après la tempête, traité de non-prolifération nucléaire, notion de droit d’ingérence…)

C’est dans cette nouveauté permanente des champs d’investigation, grâce à la profusion des domaines de recherche qu’il faut donc s’investir car ils sont autant de nouveaux champs pastoraux, au risque de la dispersion de la Parole.

L’Église est rappelée à ses valeurs fondamentales, à la fois par l’apparition de valeurs contradictoires que par le développement imprévu de ses propres valeurs. Comme le rappelle l’historien René Rémond (Panorama, janvier 2000), c’est l’Église qui, la première, a développé l’idée de la laïcité en séparant les sphères divine et politique, ou celle des droits de l’homme en affirmant la liberté individuelle, qui ont ensuite été reprises et amenées à maturité indépendamment d’elle. Il faut notamment en retenir que de tout ce qui passe de l’Église à la société revient un écho, par le refus ou l’acceptation, de la pleine réalité humaine de l’instant. Cela nécessite notamment une capacité d’abandon de ses idées, de ne pas rester figée sur la première image qui en est donnée, mais d’accepter qu’elles soient transformées, abouties par la société.

Paradoxalement, elle semble aujourd’hui passer à côté de nombre d’occasions d’inventer et semble, pour ce qui concerne le Magistère, se retrancher souvent derrière ses champs d’action traditionnels. Pour autant, ce n’est pas par un discours général, une force de parole, qu’il faudrait systématiquement répondre, mais plutôt par une action quotidienne à l’échelle locale, comme l’Église sait déjà le faire, et est reconnue pour cela, dans le domaine humanitaire et social.

En particulier, je citerai l’écologie qui est un sujet fort dans l’air du temps, mais sur lequel l’Église est jusqu’à présent bien discrète. Les évêques de France ont certes publié une déclaration suite au naufrage de l’Erika et aux deux tempêtes qui ont balayé la France fin décembre 1999, mais cela ne compense pas l’absence criante de tout investissement de terrain, laissant les seules associations laïques œuvrer concrètement, et semblant oublier sa responsabilité devant la Création, qui apparaît en Gn 1.

L’Église reçoit peu à peu conscience de sa propre humanité, avec ses conséquences d’incomplétude et de faillibilité dans la mise en œuvre de ses actes, quand bien même l’Esprit gouverne aux intentions. La démarche de Jean-Paul II demandant pardon à l’aube du Jubilé pour les fautes passées de l’Église est à cet égard révélatrice et appelle des pas supplémentaires dans cette direction.

S’il fallait retenir une dernière image, je garderai celle de l’économie : dans une société concurrentielle libérale, la survie est perçue comme nécessité d’" absorber " le concurrent, le voisin. Pour l’Église qui semble aujourd’hui si préoccupée par sa survie face à une grandissante indifférence à son égard, le manque de pasteurs et de laïcs engagés, ne faut-il pas en retenir la nécessité de s’ouvrir à tout ce qui fait la société et de montrer un visage entreprenant en explorant tous les champs d’investigations qu’elle saura inventer. Quant aux moyens pour cela, nul doute qu’en allant au-devant de tous les problèmes actuels, avec la force de la foi naïve de Pierre marchant sur les eaux, elle saura susciter les ouvriers nécessaires pour le travail de la vigne. Même à la onzième heure. Les hommes restent prêts à s’investir pour ce qui les touche, pour peu que l’on sache les rejoindre là où ils sont.




Que peut recevoir l'Eglise de notre société ? (Laurent Pérault)

Très souvent l'Eglise cherche à apporter quelque chose à notre société. Il est plus rare qu'elle se pose la question de ce qu'elle peut en recevoir. Pourtant dans de nombreux domaines la société est susceptible de lui apporter sa contribution, voire son aide.

Compétence et professionnalisme

Beaucoup d'entreprises cherchent aujourd'hui à valoriser au maximum les ressources humaines de leurs salariés. Cela passe par une attention de plus en plus soutenue à l'embauche à la fois sur les compétences techniques et sur les qualités humaines, par des projets professionnels sans cesse réactualisés, par un professionnalisme de plus en plus accru, par des stages de formation continue, par une participation au bon fonctionnement de l'entreprise à travers des cercles de qualité... Je ne suis pas sûr que l'Eglise soit toujours dans cette logique quand il s'agit pour elle de former et d'appeler ses futurs prêtres ou de les nommer à certaines responsabilités. Sans doute gagnerait-elle à s'inspirer un peu plus des bons côtés du monde de l'entreprise.

Citoyenneté et démocratie

Même si le monde politique traverse aujourd'hui une crise de confiance, il n'en reste pas moins vrai que les occidentaux sont attachés aux valeurs démocratiques. Elections, référendums, démocratie participative, chartes de la citoyenneté se multiplient. L'Eglise de son côté emboîte le pas avec des conseils pastoraux, des synodes, des élections dans les communautés locales dans notre diocèse. Pourtant, la nomination des prêtres et surtout des évêques reste fondamentalement hierarchique, au risque qu'il y ait une mauvaise réception sur le lieu de la mission. Et que dire par exemple des débats sur l'ordination des hommes mariés ou des femmes ? Nous sommes bien loin de la citoyenneté participative puisque le débat est clos !

Droits de l'Homme


La société s'est progressivement rendue compte du statut particulier de l'Homme sur notre planète, se mettant alors à défendre ses droits, proclamant que tous sont égaux, indépendamment du sexe, de la race, de la nation ou de la religion, que tout Homme est plus grand que ce qu'il fait. L'Eglise a reçu positivement ce message ; elle a même contribué par les valeurs évangéliques à l'élaborer. Et pourtant dans l'Eglise aujourd'hui, un divorcé remarié n'est pas tout à fait égal aux autres baptisés, une femme reste à l'écart des vraies responsabilités... L'Eglise doit-elle évoluer ou rester sur ses positions ?

Sciences humaines

L'Eglise peut aussi beaucoup recevoir des avancées effectuées en sciences humaines. L'histoire permet de faire la lumière sur son propre passé ; elle peut expliquer, en mettant en évidence les conditions de l'époque, pourquoi telle décision a été prise, pourquoi telle condamnation a été prononcée. L'Eglise peut ainsi mieux assumer son passé, voire demander pardon à l'humanité à travers des actes de repentance. L'archéologie aide à mieux comprendre les récits de l'Ancien Testament. Les apports de la psychologie, de la sociologie et de la biologie sont incontestables : ils sont essentiels dans la compréhension de ce qu'est un homme ou une femme, de ce que sont les phénomènes mis en jeu au niveau de la vie relationnelle, de la vie affective et de la vie sexuelle. La formation et l'accompagnement des prêtres, en particulier des plus jeunes, doivent prendre en compte leur célibat et leur vie affective.

Sciences et techniques

Les découvertes scientifiques, à leur manière, constituent des apports indéniables à l'Eglise et à la théologie. Que ce soit les avancées sur la création du monde, sur l'évolution des espèces ou sur la description de notre système solaire ou de notre univers, que de remises en questions théologiques et de révolutions dans la manière de lire notre Ancien Testament ! Les sciences sont aujourd'hui porteuses de questions par rapport au sens et au spirituel, mais elles ne peuvent donner de réponses à leurs propres questions. L'Eglise a sans aucun doute à y être attentive et à proposer des éléments de réponses, puisque nous croyons justement que c'est Dieu qui donne sens à l'homme. A moins qu'elle ne laisse à quelque secte le soin d'y répondre !

Voici donc cinq domaines de la société qui peuvent être autant d'apports pour notre Eglise. Espérons qu'au cours du prochain millénaire elle sache y puiser tout ce qui pourra lui être fécond.